Nébié BALI

Cours de Génétique au lycée

Recherche

Ma page Facebook

Actuellement en librairie ...

SOYONS FIERS D’ETRE NOIRS PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 14 Février 2011 00:16

SOYONS FIERS D’ETRE NOIRS

(Article paru dans le journal « Le Pays » N°4143 du 20 juin 2008)

J’ai lu avec grand intérêt l’article intitulé « Plaidoyer pour la réalité historique » du frère BONZI F sur la traite négrière paru dans le Pays n°4128 du 30 Mai 2008. Je ne suis pas historien de formation mais je m’intéresse beaucoup à l’histoire des peuples Noirs. Aussi, je voudrais vous rassurer qu’il existe de plus en plus d’informations venant de travaux de grands historiens et de témoignages d’anciens esclaves sur la traite négrière. Les Européens sont très mal à l’aise lorsqu’on aborde ce sujet de la traite négrière parce que cette barbarie monstrueuse est l’antipode de l’image de grands civilisateurs et de race d’illuminés qu’ils ont toujours voulu donner d’eux à travers le monde . Aujourd’hui, des groupes d’Intellectuels européens se sont donné pour mission de convaincre les Africains

Noirs qu’ils sont responsables de la traite négrière. L’ouvrage de Stephen Smith « NEGROLOGIE ; l’Afrique Noire va mourir » s’inscrit dans cette optique. A travers la formule lapidaire « si des Noirs n’avaient pas vendu de Noirs, il n’y aurait pas eu de traite négrière » , il traduit toute la pensée de ces Intellectuels opportunistes. La responsabilité de la traite négrière n’est pas du tout partagée. Les seuls responsables de ce commerce d’hommes sont les Européens. Sur le plan technologique, ils étaient plus avancés que nous et ils ont utilisé cette avance pour nous réduire à l’esclavage dans un but purement mercantile. Ils n’ont pas préféré les noirs aux indiens parce que ces derniers seraient fragiles ou rebelles. Non ! Soyons sérieux ! Comment voulez vous que des individus venant d’ailleurs puissent s’adapter mieux aux conditions du milieu que les autochtones ? Si les Noirs étaient si dociles comme les esclavagistes le prétendaient, pourquoi la détention même d’une arme blanche par un esclave Noir était passible de la peine de mort? Avez-vous déjà entendu parler des « Nègres marrons» ? Ce sont des esclaves qui se révoltaient, saccageaient les plantations, massacraient leurs maitres et s’enfuyaient dans les régions difficilement accessibles. C’étaient des pratiques très courantes mais on en parle peu. Saviez-vous que lors de la traversée de l’Atlantique, les négriers étaient constamment mis en difficultés par les captifs qui les massacraient à la moindre occasion? Les négriers les faisaient alors monter sur le pont du voilier enchainés pour soi disant leur permettre de se dégourdir les jambes (en fait pour les garder dans une bonne forme physique en vue de les vendre au plus fort prix) ; beaucoup d’entre eux sautaient par-dessus bord avec leurs lourdes chaines, préférant être mangés par les requins. D’autres refusaient tout simplement de s’alimenter. Les esclavagistes se sont bien gardés de publier ces informations parce qu’elles contrediraient l’image qu’ils diffusaient à propos du Nègre. Les raisons de la préférence des Noirs aux Amérindiens sont d’ordre religieux. En effet, leurs théologiens ont convaincu les plus hautes autorités religieuses que les indiens étaient des descendants d’une des « dix tribus perdues d’ISRAEL ». En ce qui concerne les Noirs, leur nez était si écrasé, leurs cheveux si crépus et surtout leur peau si sombre qu’ils n’avaient aucune chance de prétendre à un lien généalogique quelconque avec les fameuses tribus perdues d’ISRAEL. Ils furent donc condamnés par ces mêmes théologiens à être des descendants de Canaan un terrible enfant maudit par son père  pour très mauvaise conduite à son égard:  « -Maudit soit Canaan ! Qu’il soit pour ses frères le dernier des esclaves. Il dit aussi : -Béni soit Yahvé, le Dieu de Sem, et que Canaan soit son esclave ! Que Dieu mette Japhet au large, qu’il habite dans les tentes de Sem, et que Canaan soit son esclave » (genèse9,21-27). Ainsi fut scellé le sort des Noirs par les esclavagistes. Les Blancs considérés comme étant les descendants de Japhet ne faisaient que « subir » la  prophétie en faisant des Noirs leurs esclaves.

 

Les institutions politiques et religieuses Européennes qui ont conçu et planifié la traite négrière étaient parfaitement conscientes de l’ignominie du projet. Pour sa mise en œuvre, elles ont opté d’agir dans l’ombre au niveau du continent Noir. Elles envoyèrent alors quelques émissaires armés jusqu’aux dents sur le continent. La première phase consistait à terroriser et à massacrer les populations. Apres avoir créé un climat de terreur et d’insécurité au sein des populations, ils passèrent à la seconde phase qui consistait à soumettre aux chefs de tribus des « offres qu’ils ne pouvaient refuser » comme dirait un parrain mafioso: « je te donne des armes puissantes pour protéger ta tribu et en échange, tu me trouves tel nombre d’esclaves ». Des chefs de tribus soumis à ce chantage ignoble, envoyaient des émissaires faire des razzias au sein d’autres tribus pour obtenir des esclaves. Ces institutions européennes ont ensuite affiné leur stratégie : les esclavagistes ramenaient des esclaves des îles et de l’Amérique, leur donnaient les moyens nécessaires et les installaient sur les côtes africaines. A chaque esclave on faisait la proposition suivante : «je te donne ta liberté à la seule condition que tu me fournisses un certain nombre d’esclaves! ». Et voilà encore nos « frères» conditionnés comme le chien de Pavlov, lancer à nos trousses pour recouvrer une liberté confisquée et même dans certains cas inconnue, certains étant nés esclaves. Frère Bonzi, les Européens disposaient d’armes à feu terrifiants et les africains d’armes blanches. Quels comportement et attitude devaient adopter nos chefs de tribus et mêmes nos empereurs devant une telle situation ? Que certains chefs et anciens esclaves installés sur les côtes aient joué le rôle d’esclavagistes avec zèle et qu’ils aient profité de leur position pour s’enrichir par lâcheté et par cupidité ne font l’ombre d’un doute et même que c’était prévisible et programmé. Mais généraliser une telle pratique au niveau de tous les chefs de tribus et des empereurs Noirs, c’est faire preuve de mauvaise foi manifeste. Des chefs ont refusé cette compromission et ont organisé la résistance en dépit de leurs moyens militaires rudimentaires. Ils ont été pour la plupart vaincus et vendus.

Par rapport à ce drame que fut la traite négrière, la seule chose que l’on puisse reprocher à l’Afrique Noire, fut son retard sur le plan technologique par rapport à l’Europe à cette époque de l’histoire de l’humanité. Les Européens ont réussi leur coup parce que plus de cinq siècles après, les Africains continuent de croire que c’est eux-mêmes les responsables de la traite négrière. Les esclavagistes aujourd’hui vous diront : « Combien de Blancs avez-vous vu sur le continent Noir en train de capturer des Noirs ? » Aujourd’hui, les stratégies qu’ils ont utilisées, ont été mises à nu.

Vous n’êtes pas le seul à avoir honte d’être Noir mon frère ! Les Noirs ont été conditionnés pendant des siècles à avoir ce sentiment de culpabilité. Tout est mis en œuvre pour atteindre cet objectif et les médias sont utilisés à cet effet. Avez-vous vu le film « Le messager » ? Tout bon musulman qui voit ce film ne peut qu’éprouver de la haine envers le Noir car c’est un Noir qui a tué Hamza, le vaillant oncle du prophète. Le message véhiculé ici est clair. Les semblables d’un tel individu ne méritent qu’être réduits à l’esclavage. Avez-vous vu le feuilleton brésilien « Aïza hora »  dans lequel le chasseur d’esclaves est un Noir surnommé Capitaine ? Apres avoir vu un tel feuilleton, quel sentiment éprouverez vous pour le Noir ? Voyez dans les dessins animés comment sont représentés généralement les individus abrutis et cruels ? Dans les films, quels rôles jouent les Noirs ? Quand on présente à la télévision des sidéens africains en phase terminale du syndrome, ou des enfants malnutris et sous alimentés au corps chétif, quels objectifs vise-t-on en réalité ? N’ y a-t-il qu’en Afrique Noire qu’il y a le SIDA? Idi Amin et Bokassa ont été longtemps présentés par les medias occidentaux dans le monde entier comme étant les prototypes du Dirigeant Noir etc. Tout parait anodin et même évident mais il faut s’y méprendre. L’objectif est clair : convaincre le monde y compris le monde Noir que le Noir est le damné de la terre. Le résultat est là. Vous entendrez des Noirs dire : « le Noir est méchant ; le Noir est mesquin; le Noir est hypocrite ; le Noir est bête ; Le Noir est né pour souffrir ; le Noir est…etc. » Pourtant ! Les Noirs ne sont pas différents des autres êtres humains. Et tous ceux comme Chick Anta Diop qui cherchent à reconstituer l’histoire du Noir afin de le réhabiliter aux yeux du monde sont torpillés. Les Intellectuels qui croient que le débat sur la traite négrière relève du passé se trompent lourdement. Il est plus que d’actualité parce qu’un Homme qui souffre de complexe d’infériorité vis-à-vis des autres ne peut s’épanouir intellectuellement.  Tout individu qui parachute en Afrique Noire même pour la première fois, prends des airs de supériorité vis-à-vis des Noirs. Sur quoi se fonde un tel sentiment si ce n’est le fardeau de l’esclavage que porte le Noir ? Partout où va le Noir, il traine toujours avec lui cet épithète d’esclave et ce sentiment de culpabilité d’un homme qui a vendu son frère à des étrangers  pour s’enrichir; et il est traité comme tel par ses interlocuteurs avisés. Ce sentiment est le résultat de la stratégie adoptée par les Européens esclavagistes. Les intellectuels de l’Afrique Noirs ont le devoir de reconstituer l’histoire des peuples Noirs, phase indispensable pour les libérer des lourdes chaines invisibles qui les étouffent, les paralysent et les inhibent intellectuellement. Bien entendu, cette mission ne sera pas une sinécure, parce qu’il y a des cartels dont la sève nourricière est l’ignorance du passé réel des peuples Noirs par les Noirs.

Bali NEBIE, ;  Professeur certifié .

 

Mise à jour le Lundi, 14 Février 2011 00:21
 

Article aléatoire

  • Le Roi du Djadjo
    commentaire du roman "Le Roi du djadjo" par M. DUVAL Professeur titulaire de sociologie à l'Université Paul Valerie de Montpellier Un soir que j'étais fatigué, trop pour prendre mon livre d'histoire...
    Lire la suite...
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
Joomla 1.5 Templates by Joomlashack